Le décor : des azulejos massifs, bleutés et orangés. C'est le somptueux palais du roi à Madrid. En très beaux costumes
d'époque, les personnages entrent peu à peu sur scène et ressemblent à des poupées dans ce palais de faïences géantes.
Dès la première scène, les deux protagonistes clés sont là, seuls dans cette pièce aux murs immenses. Don Salluste, diabolique et superbement incarné par Robin Renucci, appelle Ruy Blas son valet, joué par le beau mais trop exalté Nicolas Gonzales. Humilié par la reine, qui le contraint à l'exil après qu'il eut abandonné la servante qu'il avait engrossée, Don Salluste ne vit plus que pour se venger. Son moyen, c'est Ruy Blas, valet romantique écorché vif et amoureux de la reine. Il lui donne l'identité de son cousin Don César, l'installe à la cour et lui ordonne de séduire la reine. Une tâche plus facile qu'elle n'en a l'air vu que cette dernière, incarnée de façon incertaine par Juliette Rizoud, dépérit de solitude et de délaissement dans son palais. Le roi brille par son absence : il ne fait que chasser. Ruy Blas prend peu à peu sa place, au coeur de la cour et dans le coeur de la reine.
Si le décor de l'Égyptien Rudy Saboughi est saisissant et moderne, la mise en scène de Christian Schiaretti reste finalement
classique. Et les faiblesses dans les jeux de Ruy Blas et de la reine s'en font d'autant plus sentir. Mais le directeur du
Théâtre national populaire de Villeurbanne ne fléchit pas : "Je demeure fidèle à mes engagements, quitte à assumer ce ridicule",
dit-il.
Heureusement, les personnages secondaires sont exceptionnels et rattrapent tout. Jérôme Kircher, qui joue le vrai Don César, est tout simplement parfait. Don Guritan, joué par Roland Monod, est décapant en vieux marquis jaloux. Le méchant Don Salluste est glaçant.
Avec ce drame politico-romantique, Victor Hugo souhaitait conquérir les dames, les penseurs et la foule. C'est chose faite.
REGARDEZ Un extrait de Ruy Blas, mis en scène par Christian Schiaretti :
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