On sent déjà la salle heureuse de ses retrouvailles avec l'esprit brillant, cinglant, délirant, poignant de Pierre Desproges.
L'homme date du siècle dernier, déjà. L'oeuvre résiste au temps, à quelques références près. Ce funambule s'est accroché avec
tant de singularité à l'exercice du miroir tendu sur l'air de "ah ! qu'elle est belle la condition humaine"... Rien d'étonnant,
non, à voir ses textes repris à la Comédie-Française, sur la scène du beau théâtre éphémère au coeur des jardins du Palais-Royal.
On se demande au passage ce que Desproges aurait écrit d'irrésistible sur les mouvements de grève qui ont secoué l'établissement,
y mêlant le plus trivial à la plus noble aspiration des humains. L'art, oui, si tant est que les artistes puissent continuer
à vivre de leur métier. Il est difficile.
Surtout quand le saltimbanque n'a "pas autre ambition que de nous faire rire." Sur cette phrase qu'avait lâchée un critique à propos d'un film de Claude Zidi commence vraiment le spectacle. Quelle merveilleuse introduction à cette heure et vingt minutes où la souffrance n'est jamais très loin du bonheur.
Pince-sans-rireDe
ce qu'en restitue Christian Gonon, on peut être troublé, heureux et déçu à la fois. C'est comme cela dès le titre, "La seule
certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute" qui, reprenant un propos d'interview, n'est pas à la hauteur d'une oeuvre
plus étonnante, dans la forme comme dans le fond. Si la silhouette de l'acteur fait penser au disparu, Gonon ne prend quasiment
jamais le risque de le mimer. Quand c'est le cas, l'interprétation mécanique, pince-sans-rire, presque atone, avec quelque
chose du tir, flegmatique, de mitraillette lui va plutôt bien. Mais cette silhouette varie et bouge, entre trois chaises et
en musique, sans la fluidité qu'on attend du pas de danse. Qui est là ? se demande-t-on à plusieurs reprises.
La question disparaît quand l'acteur trouve l'alchimie entre un texte bien choisi et sa façon de le transmettre : c'est absolument le c...











































